Préparer un voyage à majorque, c’est s’offrir le luxe de l’embarras du choix : criques aux eaux turquoise, montagnes spectaculaires, villages de pierre dorée perchés au-dessus de la mer, capitale baignée de soleil et tables où l’huile d’olive locale fait toute la différence. Sur un territoire à taille humaine, la plus grande des îles Baléares condense des paysages et des ambiances qu’on chercherait ailleurs sur la moitié d’un continent. Et pourtant, beaucoup la résument encore à ses stations balnéaires les plus connues : passé ce premier cliché, l’île révèle un visage bien plus riche.

Une côte aux mille visages
Difficile de parler de Majorque sans évoquer ses calas, ces petites criques nichées entre les pins et les falaises calcaires. Au sud-est, Cala Mondragó, Cala s’Almunia ou Caló des Moro figurent parmi les plus spectaculaires, avec leurs eaux d’un bleu presque irréel. Au nord, la baie de Pollença et celle d’Alcúdia offrent de longues plages de sable fin, idéales pour les familles et pour les amateurs de sports nautiques. La côte ouest, plus sauvage, plonge brutalement dans la mer : ici, on troque la serviette pour les chaussures de randonnée, et l’on découvre une Méditerranée plus brute, presque celtique par moments.
Ce contraste fait toute la richesse de l’île. En une heure de route, on passe d’une plage bondée à un sentier littoral où l’on ne croise que quelques chèvres et des oliviers millénaires.
La Serra de Tramuntana, l’âme sauvage de l’île
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Serra de Tramuntana est une chaîne montagneuse qui court sur près de 90 kilomètres le long de la côte nord-ouest. C’est ici que l’île prend des airs de Toscane mêlée de Provence, avec ses terrasses agricoles soutenues par des murets de pierres sèches, ses villages accrochés à flanc de roche et ses panoramas vertigineux sur la Méditerranée.
Valldemossa, où vécurent George Sand et Chopin, fait figure d’étape incontournable. Mais Deià, Sóller, Fornalutx ou Estellencs méritent tout autant le détour. Les amateurs de marche apprécieront le GR-221, dit « Ruta de Pedra en Sec » (route de la pierre sèche), qui traverse la sierra du sud au nord et permet de relier plusieurs villages à pied, en plusieurs jours d’itinérance.
Palma, capitale plus discrète qu’il n’y paraît
On lui accorde souvent quelques heures avant de filer vers la plage, et c’est dommage. Palma est une vraie capitale méditerranéenne, vivante, élégante, étonnamment cosmopolite. Sa cathédrale gothique, La Seu, domine la baie depuis le XIVᵉ siècle et reste l’un des édifices les plus impressionnants des Baléares. Autour, le vieux centre se laisse arpenter sans plan : patios cachés, ruelles pavées, cafés à la terrasse desquels on commande un café con leche en regardant passer les vélos.

Pour échapper aux flux touristiques, on flâne dans les quartiers de Santa Catalina ou de La Lonja, où la scène gastronomique s’est considérablement renouvelée ces dernières années. Bars à vin, tables d’auteurs, petits comptoirs spécialisés dans les produits locaux : la capitale a su s’inventer une nouvelle vie sans renier son patrimoine.
La table, un voyage à part entière
Impossible de quitter l’île sans avoir goûté à la sobrassada (saucisse de porc relevée au paprika), à l’ensaïmada (cette pâtisserie spiralée saupoudrée de sucre glace) ou au tumbet, gratin de légumes du soleil qui rivalise avec la ratatouille provençale. L’huile d’olive locale, longtemps confidentielle, gagne en reconnaissance, et plusieurs domaines proposent visites et dégustations.
Côté vins, l’appellation Binissalem et la zone de Pla i Llevant produisent des cuvées encore peu exportées, mais d’une vraie identité. Une bonne raison de plus de prolonger le séjour de quelques jours.
Quand partir et combien de temps ?
L’arrière-saison, de mai à juin et de mi-septembre à fin octobre, reste la fenêtre idéale : températures douces, mer encore chaude en septembre, foules raisonnables. Juillet et août concentrent l’affluence et la chaleur, mais permettent de profiter pleinement de la vie nocturne et des plages.
Une semaine est un minimum pour combiner mer, montagne et culture sans courir. Dix jours offrent une vraie respiration, avec le temps de pousser jusqu’aux îles voisines depuis Port d’Alcúdia ou Port de Sóller. Quel que soit le rythme choisi, on revient rarement de cette île sans une envie tenace d’y retourner.